Dans une entreprise industrielle ou de négoce marocaine, le stock concentre à lui seul trois enjeux : il détermine directement le résultat de l'exercice (toute erreur d'évaluation se répercute au dirham près dans le compte de résultat, via la charge de variation des stocks ou le coût des marchandises vendues), il constitue souvent la première ligne d'actif circulant financée par le crédit bancaire, et il figure en tête des points de contrôle du commissaire aux comptes comme du vérificateur de la Direction Générale des Impôts.
Ce guide 2026, rédigé par NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils — cabinet inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables, basé à Casablanca — explique comment évaluer un stock de façon défendable au regard du Code Général de Normalisation Comptable (CGNC), de la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants et du Code Général des Impôts.
- Coût d'entrée : les biens acquis sont inscrits à leur coût d'acquisition, les biens produits par l'entreprise à leur coût de production (CGNC, méthodes d'évaluation).
- Méthodes de sortie admises : coût moyen unitaire pondéré (CMUP) ou premier entré – premier sorti (FIFO / PEPS). La méthode LIFO / DEPS n'est pas admise par le CGNC.
- Inventaire physique annuel obligatoire : la loi n° 9-88 impose au commerçant de procéder au moins une fois par exercice, et à sa clôture, au recensement physique des éléments actifs et passifs, consigné dans le livre d'inventaire.
- À la clôture : comparaison entre valeur d'entrée et valeur actuelle. Si la valeur actuelle est inférieure, une provision pour dépréciation est constituée ; une plus-value latente ne se comptabilise jamais (principe de prudence).
- Fiscalement : les stocks sont retenus au prix de revient ou au cours du jour si celui-ci lui est inférieur, la différence étant couverte par une provision (règles d'évaluation du résultat fiscal, CGI).
- Permanence des méthodes : la méthode retenue s'applique de façon constante d'un exercice à l'autre ; tout changement doit être justifié et mentionné dans l'ETIC.
- Risque de contrôle : stock non justifié, inventaire non tenu ou incohérences de marge exposent au rejet de comptabilité et à une reconstitution du chiffre d'affaires (pouvoir d'appréciation de l'administration, art. 213 du CGI).
Quels textes régissent l'évaluation des stocks au Maroc ?
Trois corpus se combinent, et leur hiérarchie doit être comprise avant tout arbitrage :
- La loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants : elle pose l'obligation d'enregistrement chronologique, l'obligation d'un inventaire au moins annuel des éléments d'actif et de passif, la tenue du livre d'inventaire et la conservation des pièces justificatives pendant dix ans.
- Le Code Général de Normalisation Comptable (CGNC) et son plan comptable général des entreprises : il définit le contenu de la classe 3 (stocks), les règles de détermination du coût d'entrée, les méthodes de valorisation des sorties, la notion de valeur actuelle et le mécanisme des provisions pour dépréciation.
- Le Code Général des Impôts : il fixe la valeur fiscale des stocks, la déductibilité des provisions et les conditions de justification. En cas de divergence, la règle fiscale ne modifie pas l'écriture comptable : elle se traduit par une réintégration ou une déduction extra-comptable sur le tableau de passage du résultat comptable au résultat fiscal.
Les groupes consolidants ou les filiales de groupes étrangers appliquent en parallèle IAS 2 — Stocks pour leur reporting. Les principes sont voisins (coût d'entrée, CMUP ou FIFO, dépréciation à la valeur nette de réalisation), mais la comptabilité sociale marocaine reste établie selon le CGNC : les retraitements se font dans le pack de consolidation, jamais dans les comptes individuels.
02 — PérimètreQue comprend exactement le stock ?
Le stock regroupe les biens destinés à être vendus, consommés ou transformés dans le cycle d'exploitation. Le plan comptable marocain les répartit ainsi :
| Compte | Nature | Exemples |
|---|---|---|
| 311 | Marchandises | Biens achetés pour être revendus en l'état (négoce, distribution) |
| 312 | Matières et fournitures consommables | Matières premières, emballages, pièces de rechange |
| 313 | Produits en cours | Production non achevée à la clôture, chantiers en cours |
| 314 | Produits intermédiaires et résiduels | Semi-finis, sous-produits, déchets valorisables |
| 315 | Produits finis | Production achevée en attente de vente |
| 391 | Provisions pour dépréciation des stocks | Écart entre valeur d'entrée et valeur actuelle inférieure |
Deux questions de périmètre reviennent systématiquement en mission :
- Les marchandises en transit : elles entrent en stock dès le transfert de propriété et des risques, déterminé par l'Incoterm du contrat. Une marchandise achetée FOB port d'embarquement et encore sur le navire à la clôture appartient déjà à l'acheteur marocain : elle doit figurer au stock, avec la charge correspondante hors résultat.
- Les stocks détenus chez des tiers (dépôt, façonnier, consignation) et, à l'inverse, les stocks de tiers détenus par l'entreprise : les premiers restent à l'actif et doivent être confirmés par le dépositaire, les seconds sont exclus du stock et suivis en engagements hors bilan.
Coût d'acquisition et coût de production : ce qui entre en stock, ce qui reste en charges de l'exercice
Le CGNC distingue nettement les biens achetés et les biens produits.
Le coût d'acquisition (biens achetés)
| À incorporer | À exclure |
|---|---|
| Prix d'achat net des rabais, remises et ristournes obtenus | TVA récupérable |
| Droits de douane et taxes non récupérables | Escomptes de règlement (produits financiers) |
| Frais de transport, transit, assurance sur achats | Frais de stockage postérieurs à l'entrée en magasin |
| Frais de manutention et de mise en état d'utilisation | Frais administratifs généraux et frais de distribution |
Le coût de production (biens produits)
Il comprend le coût d'acquisition des matières consommées, les charges directes de production (main-d'œuvre directe, sous-traitance directe, énergie affectable) et la quote-part de charges indirectes de production rationnellement rattachable au cycle de fabrication (amortissement des équipements industriels, encadrement d'atelier, maintenance, contrôle qualité).
Trois exclusions sont systématiquement contrôlées :
- Les charges administratives générales, les frais commerciaux et les frais de distribution : jamais incorporables.
- Les charges financières : hors du coût, sauf le cas particulier des cycles de production longs, où les intérêts de la période de fabrication peuvent être incorporés, à condition que la méthode soit stable et mentionnée dans l'ETIC.
- Le coût de la sous-activité : la quote-part de frais fixes correspondant à la capacité non utilisée reste en charges de l'exercice. Valoriser un stock au coût réel d'une usine tournant à 40 % de sa capacité revient à activer une perte — c'est l'un des redressements les plus fréquents en audit industriel.
CMUP ou FIFO : comment valoriser les sorties de stock
Pour les biens interchangeables, le CGNC admet deux méthodes, et deux seulement :
| Méthode | Principe | Effet en période de hausse des prix | Contexte adapté |
|---|---|---|---|
| CMUP (coût moyen unitaire pondéré) | Moyenne pondérée après chaque entrée, ou moyenne de période | Lisse le coût des sorties ; résultat et stock intermédiaires | Matières fongibles, vrac, achats fréquents à prix variables |
| FIFO / PEPS | Les premières unités entrées sont réputées sorties les premières | Coût des sorties plus faible, stock final plus proche du prix récent, résultat plus élevé | Produits périssables, lots datés, agroalimentaire, pharmacie |
| Coût unitaire identifié | Suivi individuel de chaque article | Reflet exact | Biens non fongibles : véhicules, immobilier, articles numérotés |
| LIFO / DEPS | Dernier entré, premier sorti | — | Non admis par le CGNC (ni par IAS 2) |
Illustration chiffrée
Une société de négoce enregistre sur l'exercice : stock initial 200 unités à 100 MAD, achat de 300 unités à 120 MAD, puis achat de 200 unités à 140 MAD. Elle vend 500 unités ; il reste 200 unités en stock.
| Méthode | Coût des ventes (500 unités) | Stock final (200 unités) |
|---|---|---|
| CMUP de période : (20 000 + 36 000 + 28 000) / 700 = 120 MAD | 60 000 MAD | 24 000 MAD |
| FIFO : 200 × 100 + 300 × 120 = 56 000 | 56 000 MAD | 28 000 MAD |
Sur un même flux physique, l'écart de résultat avant impôt atteint 4 000 MAD. À l'échelle d'un stock de plusieurs dizaines de millions de dirhams, le choix de méthode déplace des montants considérables — d'où l'exigence de permanence des méthodes : on ne change pas de méthode pour piloter un résultat, et tout changement justifié doit être signalé dans l'ETIC avec son impact chiffré.
05 — Inventaire physiqueL'inventaire annuel : une obligation légale, pas une formalité
La loi n° 9-88 impose au commerçant de recenser physiquement, au moins une fois par exercice et à sa clôture, les éléments de son actif et de son passif, et de transcrire les résultats sur le livre d'inventaire. L'absence d'inventaire est une irrégularité grave : elle prive la comptabilité de sa force probante et ouvre la voie à la reconstitution du chiffre d'affaires.
Les huit points d'une prise d'inventaire solide
- Instruction d'inventaire écrite, diffusée avant la date de comptage : périmètre, zones, équipes, planning, traitement des articles douteux.
- Arrêt ou traçage des mouvements pendant le comptage (dernier bon de réception, dernier bon de livraison numérotés et relevés) — c'est la clé du cut-off.
- Comptage en équipes distinctes du magasinier responsable, avec double comptage sur les articles à forte valeur.
- Fiches de comptage pré-numérotées, sans quantités théoriques pré-imprimées.
- Identification des stocks non valorisables : obsolètes, endommagés, périmés, rossignols — physiquement isolés.
- Confirmation externe des stocks en dépôt chez des tiers et exclusion des stocks détenus pour compte de tiers.
- Analyse et validation des écarts inventaire / comptabilité, avec régularisation comptable motivée.
- Procès-verbal signé et conservation du dossier d'inventaire pendant dix ans.
Lorsque la société est dotée d'un commissaire aux comptes, celui-ci assiste généralement à la prise d'inventaire : c'est la seule procédure qui lui permet d'obtenir un élément probant direct sur l'existence physique du stock. Il convient de l'informer de la date de comptage suffisamment à l'avance.
06 — ClôtureValeur actuelle et provisions pour dépréciation
À la clôture, chaque catégorie de stock est comparée à sa valeur actuelle, appréciée en fonction du marché et de l'utilité du bien pour l'entreprise :
- Marchandises et produits finis : prix de vente probable diminué des frais restant à engager pour réaliser la vente.
- Matières premières : coût de remplacement — mais aucune dépréciation n'est justifiée si les produits finis dans lesquels elles seront incorporées restent vendus avec marge.
- Produits en cours : prix de vente probable du produit fini diminué des coûts d'achèvement et des frais de commercialisation.
Si la valeur actuelle est inférieure à la valeur d'entrée, une provision pour dépréciation (compte 391) est constituée pour l'écart. Si elle est supérieure, rien n'est comptabilisé : le principe de prudence interdit de constater une plus-value latente.
Les critères qui rendent une provision défendable
Une provision pour dépréciation de stocks n'est déductible que si elle est constatée en comptabilité, individualisée et justifiée par des éléments objectifs. Une provision forfaitaire, calculée en pourcentage global du stock, est régulièrement réintégrée en contrôle. À l'inverse, sont admis les faisceaux d'indices documentés :
- fiches d'antériorité (articles sans mouvement depuis 12, 24 ou 36 mois), avec taux de dépréciation croissant par tranche ;
- dates de péremption ou fin de série pour les produits datés ;
- ventes récentes à prix inférieur au coût, devis de reprise, cotations de marché ;
- rapports techniques constatant l'endommagement ou l'obsolescence.
Traitement fiscal des stocks et points de friction avec la DGI
Fiscalement, les stocks sont évalués au prix de revient, ou au cours du jour lorsque celui-ci lui est inférieur — l'écart étant alors traité par voie de provision. Quatre sujets concentrent l'essentiel du contentieux :
| Sujet | Position à tenir | Documentation à constituer |
|---|---|---|
| Provisions pour dépréciation | Déductibles si précises quant à leur objet et justifiées ; les provisions forfaitaires sont réintégrées | État détaillé par article, antériorité, justificatifs de valeur de marché |
| Écarts d'inventaire (manquants) | Un manquant non justifié peut être analysé comme une vente non déclarée : rappel d'IS et de TVA | PV d'inventaire, analyse des écarts, plaintes en cas de vol, procédures internes |
| Destruction de stocks | La perte n'est admise que si la destruction est effective et prouvée | PV de destruction, information préalable de l'administration, constat d'huissier, bons d'enlèvement de la société de traitement des déchets, photos |
| Marge et cohérence | Une marge brute erratique ou une rotation incohérente déclenchent la reconstitution du chiffre d'affaires | Analyse de marge par famille, explication documentée des variations (démarque, promotions, mix produits) |
Côté TVA, la disparition non justifiée de marchandises remet en cause la déduction opérée en amont : les manquants d'inventaire non expliqués donnent lieu à régularisation de la taxe déduite, en plus du rappel d'impôt sur les sociétés. C'est la raison pour laquelle un écart d'inventaire doit toujours être documenté à chaud, et non expliqué deux ans plus tard face à un vérificateur.
En cas de comptabilité présentant des irrégularités graves — inventaire non tenu, stocks non justifiés, absence de pièces —, l'administration dispose du pouvoir d'appréciation prévu par l'article 213 du Code Général des Impôts et peut reconstituer la base imposable. Le dossier d'inventaire est, à ce titre, la meilleure police d'assurance d'une entreprise de négoce ou de production.
08 — Contrôle interneOrganiser un suivi des stocks qui tient toute l'année
- Inventaire permanent pour les entreprises à flux importants, complété par des inventaires tournants par famille (les articles à forte valeur comptés plusieurs fois par an) et par un comptage général à la clôture.
- Séparation des fonctions : celui qui commande n'est pas celui qui réceptionne, qui n'est pas celui qui comptabilise ni celui qui compte.
- Réception formalisée : bon de réception numéroté rapproché du bon de commande et de la facture (contrôle à trois voies) avant enregistrement.
- Suivi mensuel d'indicateurs : rotation par famille, taux de démarque, valeur des articles sans mouvement, marge brute par ligne de produits.
- Procédure écrite de mise au rebut, validée par la direction, alimentant naturellement le dossier de provisions et de destructions.
Les huit erreurs qui coûtent le plus cher
- Un cut-off négligé : marchandises réceptionnées et non facturées, ou facturées et non livrées, comptabilisées du mauvais côté de la clôture.
- Incorporer des frais administratifs ou commerciaux au coût de production : résultat artificiellement gonflé et redressement assuré.
- Valoriser au coût réel une usine en sous-activité, sans neutraliser la quote-part de frais fixes non absorbés.
- Changer de méthode de valorisation sans justification ni mention dans l'ETIC.
- Provisionner de façon forfaitaire (un pourcentage global du stock) au lieu d'individualiser article par article.
- Oublier les stocks en dépôt chez des tiers ou intégrer des stocks appartenant à des clients.
- Détruire des marchandises sans procès-verbal ni information préalable : la perte est réintégrée et la TVA amont régularisée.
- Ne pas conserver le dossier d'inventaire : sans fiches de comptage ni PV signé, la position est indéfendable en contrôle.
La mission de NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils sur les stocks
Le cabinet intervient sur trois plans : la conception (choix et formalisation de la méthode de valorisation, construction du coût de production, procédure d'inventaire), l'exécution (assistance à la prise d'inventaire, analyse des écarts, dossier de provisions opposable), et le contrôle (mission de commissariat aux comptes, revue indépendante de la valorisation, assistance en cas de vérification fiscale). Cabinet inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables, basé à Casablanca et intervenant à Casablanca, Rabat, Tanger et partout au Maroc.
Sources officielles
- Loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants — Ministère de l'Économie et des Finances
- Code Général de Normalisation Comptable (CGNC) et Plan Comptable Général des Entreprises — Conseil National de la Comptabilité
- Code Général des Impôts 2026 — Direction Générale des Impôts
- Loi n° 17-95 relative aux sociétés anonymes et loi n° 5-96 (obligations de contrôle des comptes) — Bulletin Officiel
- Norme IAS 2 « Stocks » pour les groupes établissant des comptes consolidés en IFRS
