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Créer une agence de voyages au Maroc en 2026 : licence, cautionnement, TVA sur la marge (art. 125 quater), comptabilité et tourisme réceptif

Omar ELALAMI TREBKI
Omar ELALAMI TREBKI
Fondateur — Expert-Comptable & Commissaire aux Comptes
10 Août 202618 min de lecture
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Créer une agence de voyages au Maroc en 2026 : licence, cautionnement, TVA sur la marge (art. 125 quater), comptabilité et tourisme réceptif — NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils

Ouvrir une agence de voyages au Maroc suppose bien plus qu'une immatriculation au registre du commerce : l'activité est réglementée par la loi n° 31-96 portant statut des agences de voyages et suppose une licence délivrée par l'administration du tourisme, un cautionnement, un local conforme et un dirigeant justifiant d'une qualification ou d'une expérience. Sur le plan fiscal, l'agence évolue dans un régime de TVA singulier : le <strong>régime particulier de la marge</strong> de l'article 125 quater du CGI pour les services de voyage utilisés au Maroc, la taxation des commissions dans les conditions de droit commun lorsqu'elle agit en intermédiaire, et une territorialité dérogatoire pour les forfaits revendus à des tour-opérateurs étrangers. Ce guide 2026, rédigé par NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils — Casablanca, détaille le parcours d'agrément, la fiscalité et la comptabilité du secteur.

Le tourisme demeure l'un des moteurs de l'économie marocaine, et la perspective des grands événements sportifs accueillis par le Royaume alimente une vague de créations d'agences de voyages, de tour-opérateurs, de DMC (destination management companies) et de plateformes de réservation. Mais l'activité est réglementée : exercer sans licence expose à des sanctions, et le régime de TVA du secteur est l'un des plus mal maîtrisés du pays.

Ce guide, rédigé par NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils — Casablanca, expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à l'OEC, présente le cadre applicable en 2026.

Ce qu'il faut retenir en 2026
  • Activité réglementée : le statut des agences de voyages est fixé par la loi n° 31-96 (promulguée par le dahir n° 1-97-64), telle que modifiée et complétée. L'exercice suppose une licence délivrée par l'administration chargée du tourisme après instruction du dossier et avis de la commission compétente.
  • Conditions : nationalité et honorabilité du dirigeant, qualification professionnelle (diplôme en tourisme ou expérience professionnelle reconnue), local à usage commercial conforme et affecté exclusivement à l'activité, et constitution d'un cautionnement garantissant les engagements pris envers la clientèle.
  • TVA — régime de la marge : les agences qui achètent et revendent des services de voyage utilisés au Maroc (hébergement, restauration, transport touristique, guides, visites) sont soumises au régime particulier de la marge de l'article 125 quater du CGI. La base imposable est la marge — différence entre les sommes encaissées du client et les dépenses TVA comprise facturées par les fournisseurs — au taux normal de 20 %, la marge étant réputée taxe comprise.
  • Pas de droit à déduction sous le régime de la marge : la TVA facturée par les prestataires n'est pas déductible, et l'agence est dispensée de mentionner la TVA sur ses factures clients, avec la mention « Facturation selon le régime de la marge — article 125 quater du CGI ».
  • Commissions d'intermédiaire : lorsque l'agence agit au nom et pour le compte d'autrui, sa commission est taxable dans les conditions de droit commun (taux normal de 20 %) et reste exclue du régime de la marge. Les commissions sur ventes de billets de transport aérien international suivent le régime d'exonération attaché à ce transport.
  • Territorialité dérogatoire du réceptif : par dérogation à l'article 92 (I-1°), les opérations réalisées par une agence marocaine et vendues à des agences ou intermédiaires établis à l'étranger mais portant sur des services utilisés au Maroc par les touristes sont réputées faites au Maroc et donc taxables (art. 125 quater-I). L'exonération à l'export de l'article 92 ne s'applique qu'aux services réellement exploités ou utilisés hors du Maroc — voir notre guide de la TVA sur l'exportation de services.
  • IS : barème de droit commun et cotisation minimale (art. 144 du CGI), calculée sur le chiffre d'affaires — d'où l'importance capitale de qualifier correctement les sommes encaissées pour le compte de tiers.
  • Office des Changes : les encaissements en devises et les règlements aux fournisseurs étrangers obéissent à l'Instruction Générale des Opérations de Change.
01 — Licence

Le parcours d'obtention de la licence d'agence de voyages

La licence est personnelle et attachée à l'établissement. Le parcours type :

  1. Constitution de la société : certificat négatif auprès de l'OMPIC, statuts, dépôt du capital, immatriculation au registre du commerce, identifiant fiscal, ICE et affiliation CNSS.
  2. Choix et sécurisation du local : local commercial affecté exclusivement à l'activité, accessible au public, avec bail ou titre de propriété au nom de la société.
  3. Justification de la qualification du dirigeant ou du responsable de l'établissement : diplôme en tourisme, ou expérience professionnelle dans une agence de voyages, conformément aux exigences de la loi n° 31-96 et de ses textes d'application.
  4. Constitution du cautionnement destiné à garantir les sommes reçues des clients et les engagements pris envers eux.
  5. Dépôt du dossier auprès de l'administration du tourisme (délégation régionale puis administration centrale), instruction, visite du local et avis de la commission.
  6. Délivrance de la licence, publication et affichage obligatoire dans l'agence.

Les montants du cautionnement, la liste précise des pièces et les qualifications admises sont fixés par voie réglementaire et révisés périodiquement : ils doivent être vérifiés auprès du ministère du Tourisme avant tout dépôt. Une succursale ouverte dans une autre ville fait l'objet d'une demande distincte.

02 — Modèles économiques

Intermédiaire, organisateur, DMC : trois traitements comptables différents

C'est la question centrale du secteur, celle qui détermine à la fois le chiffre d'affaires affiché, la base de TVA et la cotisation minimale.

  • Agence intermédiaire (billetterie aérienne, réservation d'hôtel pour le compte d'un opérateur) : elle agit au nom et pour le compte d'autrui. Seule la commission constitue son produit ; les sommes encaissées pour le compte du transporteur ou de l'hôtelier transitent par des comptes de tiers. La commission est taxable dans les conditions de droit commun (20 %) et n'entre pas dans le régime de la marge (art. 125 quater-II-1°). Les commissions sur billetterie aérienne internationale suivent le régime d'exonération du transport international.
  • Organisateur de voyages / tour-opérateur : elle assemble et vend un forfait en son nom propre. Le prix total facturé constitue son chiffre d'affaires, et les prestations achetées (hôtels, transport, guides, restauration) constituent des charges. Lorsque ces services sont utilisés au Maroc, la TVA est due selon le régime de la marge (art. 125 quater-II) : base = encaissements clients − dépenses fournisseurs TVA comprise, au taux normal de 20 %, sans droit à déduction de la TVA d'amont.
  • DMC / réceptif : elle conçoit des programmes pour des tour-opérateurs étrangers. Contrairement à une idée répandue, l'encaissement en devises ne suffit pas à exonérer l'opération : les services utilisés au Maroc revendus au forfait à des agences étrangères sont réputés réalisés au Maroc (art. 125 quater-I) et relèvent du régime de la marge. Seules les prestations réellement exploitées ou utilisées hors du Maroc (par exemple un séjour vendu à l'étranger et exécuté à l'étranger) peuvent relever de l'exonération à l'export de l'article 92, sous réserve du rapatriement des devises.

La conséquence est financièrement lourde : une agence de billetterie qui comptabilise en chiffre d'affaires la totalité des billets vendus au lieu de ses seules commissions déclare un chiffre d'affaires artificiellement multiplié — et paie une cotisation minimale calculée sur cette base. C'est l'une des erreurs les plus coûteuses observées dans le secteur.

03 — TVA

Le régime de TVA appliqué à une agence de voyages

  • Taux : la marge et les commissions relèvent du taux normal de 20 %. Les prestations achetées par l'agence suivent, elles, leur propre taux : hébergement et restauration à 10 % (art. 99 du CGI), transport urbain et routier de voyageurs à 10 % depuis 2026 (20 % pour les autres modes de transport).
  • Détermination de la marge : elle est calculée par mois ou par trimestre, réputée taxe comprise (base HT = marge / 1,20), et son fait générateur est l'encaissement total des sommes perçues — les acomptes ne déclenchent donc pas la TVA sur la marge.
  • Séparation comptable obligatoire : l'agence doit distinguer dans sa comptabilité les encaissements et décaissements relevant du régime de la marge de ceux relevant du droit commun (art. 125 quater-II-5°).
  • Fait générateur : encaissement en régime de droit commun, ou débit sur option. Le secteur encaissant des acomptes très en amont du voyage, l'option a un impact direct sur la trésorerie.
  • Acomptes clients : ils rendent la TVA exigible dès l'encaissement en régime des encaissements, alors même que la prestation n'est pas encore exécutée. Comptablement, ils restent des produits constatés d'avance jusqu'à la réalisation du voyage.
  • Prestations exonérées : services exportés facturés à des non-résidents et payés en devises rapatriées ; l'exonération est avec droit à déduction, ce qui peut générer un crédit de TVA remboursable.
  • Assujettissement partiel : une agence combinant réceptif exonéré et ventes locales taxées applique un prorata (art. 104 du CGI) sur ses dépenses mixtes.
04 — Comptabilité

Organisation comptable : dossiers, acomptes et fournisseurs étrangers

Une agence bien tenue raisonne par dossier de voyage, et non par facture isolée :

  • Comptabilité analytique par dossier : chaque voyage porte ses ventes, ses achats (hôtel, transport, guide, restauration, entrées) et sa marge. C'est le seul moyen de détecter les dossiers vendus à perte — et c'est aussi la base du calcul de la TVA sur la marge, qui suppose un suivi séparé des encaissements et des décaissements.
  • Comptes de tiers dédiés pour les sommes encaissées pour le compte des compagnies aériennes ou des prestataires, avec rapprochement des relevés de règlement.
  • Provisions pour annulation et gestion des avoirs, très fréquents dans le secteur.
  • Fournisseurs étrangers : le paiement d'une prestation acquise à l'étranger peut déclencher la TVA due par le client marocain lorsque la prestation est utilisée au Maroc, et une retenue à la source sur les rémunérations versées à des non-résidents au titre de l'article 15 du CGI selon la nature du service. Les conventions fiscales applicables doivent être vérifiées.
  • Devises : suivi des écarts de change, comptes en devises et respect de l'Instruction Générale des Opérations de Change de l'Office des Changes.
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05 — Rentabilité

Les indicateurs à piloter

  • Marge par dossier et marge moyenne par segment (billetterie, forfaits, réceptif, séminaires et événements d'entreprise).
  • Taux de conversion des devis et coût d'acquisition client, notamment sur les canaux digitaux.
  • Délai entre encaissement client et règlement fournisseur : le secteur vit d'un besoin en fonds de roulement négatif, qui devient un piège si la trésorerie encaissée d'avance est consommée en frais de structure.
  • Saisonnalité : un budget de trésorerie mensuel est indispensable pour absorber la basse saison.
  • Exposition change pour les agences achetant en euros ou en dollars et vendant en dirhams.
06 — Sources

Sources officielles

  • Loi n° 31-96 portant statut des agences de voyages, promulguée par le dahir n° 1-97-64, telle que modifiée et complétée, et ses textes d'application.
  • Code Général des Impôts 2026 : art. 15 (produits bruts perçus par les non-résidents), 88 et suivants (territorialité de la TVA), 92 (exonérations avec droit à déduction), 98 et 99 (taux), 125 quater (régimes applicables aux agences de voyages : commissions de droit commun et régime particulier de la marge), 104 (prorata), 144 (cotisation minimale).
  • Loi de finances n° 50-25 pour l'année budgétaire 2026.
  • Instruction Générale des Opérations de Change de l'Office des Changes, dans sa version en vigueur.
  • Loi n° 9-88 et CGNC pour les obligations comptables.
  • Portails : tourisme.gov.ma, tax.gov.ma, oc.gov.ma, sgg.gov.ma.

Les montants de cautionnement et les pièces exigées relevant de textes réglementaires actualisés périodiquement, le dossier de licence doit être constitué au vu des exigences en vigueur à la date du dépôt.

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