Contrairement à la société anonyme, où le commissaire aux comptes est obligatoire dans tous les cas, la SARL marocaine relève d'un régime à géométrie variable. L'obligation dépend d'un seuil de chiffre d'affaires, mais aussi de la volonté des associés, d'une éventuelle décision de justice et, pour certains secteurs, de réglementations spécifiques.
Ce guide, rédigé par NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils — cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables — répond à la question telle qu'elle se pose réellement à un gérant de SARL au Maroc en 2026.
- Seuil légal : l'article 80 de la loi n° 5-96 impose de désigner un commissaire aux comptes au moins aux SARL « dont le chiffre d'affaires, à la clôture d'un exercice social, dépasse le montant de cinquante millions de dirhams, hors taxes ».
- Nomination volontaire : les associés peuvent nommer un ou plusieurs commissaires aux comptes « dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 75 », c'est-à-dire à la majorité des associés représentant au moins les trois quarts du capital social (art. 80, al. 1er).
- Nomination judiciaire : même si le seuil n'est pas atteint, la nomination peut être demandée au président du tribunal statuant en référé par un ou plusieurs associés représentant au moins le quart du capital (art. 80, al. 3).
- Durée du mandat : la loi 5-96 ne fixe pas expressément de durée pour la SARL ; elle renvoie, par ses articles 83 et 13, aux règles de la loi 17-95 sur les sociétés anonymes, où le mandat est de trois exercices. C'est la durée retenue en pratique, qu'il convient de préciser dans la résolution de nomination.
- Qui peut être nommé : uniquement un expert-comptable inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc, indépendant de la société et hors cas d'incompatibilité.
- Sanctions : l'absence de désignation lorsqu'elle est obligatoire, comme l'entrave aux vérifications du commissaire aux comptes, sont sanctionnées par la loi et fragilisent la validité des décisions sociales.
Le seuil de 50 millions de dirhams : comment l'apprécier ?
La règle est posée par la loi 5-96 : les SARL dont le chiffre d'affaires hors taxes excède 50 millions de dirhams à la clôture d'un exercice social sont tenues de désigner au moins un commissaire aux comptes.
Trois précisions pratiques :
- Chiffre d'affaires hors taxes, et non résultat, total bilan ou effectif : c'est le seul critère retenu par le texte.
- Appréciation à la clôture d'un exercice : le texte vise le dépassement du seuil « à la clôture d'un exercice social ». Un seul exercice suffit donc à déclencher l'obligation : la loi n'exige pas un dépassement sur plusieurs exercices consécutifs.
- Retour sous le seuil : l'article 80 ne prévoit aucune règle explicite de sortie du dispositif lorsque le chiffre d'affaires redescend en dessous de 50 MDH. En l'absence de disposition expresse, la prudence commande de ne pas interrompre unilatéralement un mandat en cours et d'apprécier la situation avec son conseil avant l'échéance du mandat.
- Cas des exercices de durée inégale : un premier exercice de plus ou moins de douze mois s'apprécie tel qu'il est clôturé, ce qui peut créer des effets de seuil qu'il faut anticiper.
En pratique, une SARL qui approche des 45 à 50 MDH de chiffre d'affaires a tout intérêt à préparer la nomination en amont : le commissaire aux comptes doit pouvoir apprécier les soldes d'ouverture, ce qui suppose des diligences supplémentaires s'il est nommé tardivement.
02 — Les autres casLes situations où un commissaire aux comptes s'impose malgré tout
- Décision volontaire des associés : les statuts peuvent prévoir la désignation d'un commissaire aux comptes, ou l'assemblée peut le décider librement, quel que soit le chiffre d'affaires.
- Demande d'une minorité qualifiée : un ou plusieurs associés représentant au moins le quart du capital peuvent saisir le président du tribunal, statuant en référé, pour obtenir la désignation d'un commissaire aux comptes (art. 80, al. 3). C'est un outil classique de protection des minoritaires en cas de conflit.
- Secteurs réglementés : établissements de crédit, sociétés de financement, entreprises d'assurance et de réassurance, organismes de placement collectif et autres entités supervisées relèvent de textes sectoriels qui imposent le contrôle légal, indépendamment de la forme sociale.
- Exigences contractuelles : conventions de financement, pactes d'associés, appels d'offres publics, groupes étrangers imposant à leur filiale marocaine un audit statutaire aligné sur les standards du groupe.
Que fait exactement le commissaire aux comptes dans une SARL ?
La mission est une mission légale permanente, distincte de la tenue de la comptabilité — que le commissaire aux comptes ne peut pas assurer pour la même société.
- Certification des comptes : vérification de la régularité, de la sincérité et de l'image fidèle des états de synthèse (bilan, CPC, ESG, tableau de financement, ETIC).
- Vérifications spécifiques : concordance des informations données aux associés avec les comptes, respect de l'égalité entre associés.
- Conventions réglementées : établissement d'un rapport spécial sur les conventions passées entre la société et ses gérants ou associés — un sujet directement lié au compte courant d'associé.
- Alerte : information du gérant, puis des associés, lorsque des faits sont de nature à compromettre la continuité d'exploitation.
- Révélation des faits délictueux : obligation de révéler au procureur du Roi les faits délictueux dont il a connaissance dans l'exercice de sa mission.
Le commissaire aux comptes ne juge pas l'opportunité de la gestion : il se prononce sur les comptes et sur le respect des règles. Cette frontière est essentielle et explique le régime d'incompatibilités qui l'entoure.
04 — NominationComment se déroule la nomination ?
- Sélection du professionnel : expert-comptable inscrit à l'Ordre, indépendant, sans lien de tenue comptable, de conseil de gestion ni de participation avec la société.
- Décision des associés : la nomination est votée dans les conditions de majorité de l'article 75, alinéa 2 (trois quarts du capital), et le procès-verbal mentionne l'identité du commissaire aux comptes ainsi que la durée du mandat qui lui est confié.
- Acceptation et lettre de mission : le professionnel confirme son acceptation après vérification de l'absence d'incompatibilités, puis formalise le périmètre, le calendrier et les honoraires.
- Formalités : dépôt du procès-verbal au greffe du tribunal de commerce et inscription modificative au registre du commerce.
- Prise de fonction : prise de connaissance de l'entité, évaluation des risques, planification de l'intérim et de la mission de fin d'exercice.
Lorsque la société est établie dans le Grand Casablanca, la désignation se fait le plus souvent auprès d'un cabinet local : NEXORA Expertise Comptable, Audit et Conseils intervient comme commissaire aux comptes à Casablanca pour des SARL, des SA et des filiales de groupes étrangers.
05 — CoûtCombien coûte un commissariat aux comptes en SARL ?
Les honoraires ne sont pas un forfait de marché : ils dépendent du budget d'heures nécessaire pour couvrir les risques identifiés. Les paramètres déterminants sont le volume d'opérations, le nombre de sites et de comptes bancaires, la qualité du contrôle interne, l'existence de stocks ou de chantiers à l'avancement, la présence d'opérations avec l'étranger et la fiabilité de la comptabilité tenue.
Une SARL commerciale mono-site, avec une comptabilité tenue à jour et un contrôle interne simple mais formalisé, mobilise sensiblement moins d'heures qu'une SARL industrielle multi-sites avec stocks et sous-traitance. Le meilleur levier d'économie reste donc la qualité de la clôture : dossier de révision complet, justificatifs disponibles, comptes justifiés poste par poste.
06 — SanctionsQue risque une SARL qui ne nomme pas de commissaire aux comptes ?
- Sanctions prévues par la loi 5-96 à l'encontre des gérants en cas de défaut de désignation lorsqu'elle est obligatoire, ou d'obstacle aux vérifications.
- Fragilité juridique : les décisions prises sans le rapport du commissaire aux comptes, lorsqu'il est requis, peuvent être contestées par un associé ou un tiers.
- Conséquences pratiques : refus de financement bancaire, blocage d'une opération de cession ou d'entrée d'investisseur, difficulté à répondre à certains appels d'offres.
- Risque en contrôle : l'absence d'audit externe prive le dirigeant d'un point de contrôle utile sur la conformité fiscale et sociale de la société.
Synthèse : votre SARL est-elle concernée ?
| Situation | Commissaire aux comptes |
|---|---|
| Chiffre d'affaires HT > 50 MDH à la clôture | Obligatoire |
| Chiffre d'affaires HT < 50 MDH, pas de clause statutaire | Facultatif |
| Demande d'associés détenant au moins 25 % du capital | Nomination judiciaire possible |
| Clause des statuts ou décision d'assemblée | Obligatoire par l'effet de la décision |
| Secteur réglementé (crédit, assurance, OPC…) | Obligatoire au titre des textes sectoriels |
Désignation judiciaire d'un commissaire aux comptes ou expertise de gestion ?
Deux mécanismes de la loi 5-96 sont régulièrement confondus, parce qu'ils s'ouvrent tous deux à des associés représentant le quart du capital et passent tous deux par le président du tribunal statuant en référé. Ils n'ont pourtant ni le même objet ni le même effet.
| Critère | Désignation judiciaire d'un commissaire aux comptes (art. 80) | Expertise de gestion (art. 82) |
|---|---|---|
| Objet | Instaurer un contrôle légal des comptes dans la société | Faire présenter un rapport sur une ou plusieurs opérations de gestion déterminées |
| Demandeur | Un ou plusieurs associés représentant au moins le quart du capital | Un ou plusieurs associés représentant au moins le quart du capital, individuellement ou groupés |
| Durée | Mission permanente sur la durée du mandat | Mission ponctuelle, limitée à l'étendue fixée par l'ordonnance |
| Résultat | Rapports légaux sur les comptes annuels | Rapport adressé au demandeur, au commissaire aux comptes le cas échéant et au gérant, annexé au rapport du commissaire aux comptes pour la prochaine assemblée |
| Honoraires | À la charge de la société | L'ordonnance peut les mettre à la charge de la société |
En clair : l'article 80 installe un contrôleur des comptes, l'article 82 déclenche une investigation ciblée sur des décisions de gestion. Un associé mécontent d'une opération précise relève de l'expertise de gestion ; un associé qui doute de la fiabilité générale des comptes relève de la désignation d'un commissaire aux comptes.
Pour approfondir le cadre général de la mission, ses diligences et ses rapports, consultez notre guide du commissariat aux comptes au Maroc. Si votre société doit désigner un professionnel, notre équipe vous accompagne depuis Casablanca.
Sources officielles
- Loi n° 5-96 (dahir n° 1-97-49 du 13 février 1997), texte consolidé — article 80 : nomination par les associés dans les conditions de l'article 75 al. 2, seuil de cinquante millions de dirhams hors taxes à la clôture d'un exercice social, désignation judiciaire à la demande d'associés représentant au moins le quart du capital ; article 82 : expertise de gestion ; articles 13 et 83 : renvoi aux règles de la loi 17-95. Version PDF consultable sur le portail officiel eRegulations Maroc.
- Textes officiels et Bulletin Officiel — Secrétariat Général du Gouvernement ; base juridique Adala — Ministère de la Justice.
- Loi n° 17-95 relative aux sociétés anonymes — conditions de nomination, incompatibilités, pouvoirs, obligations et responsabilité du commissaire aux comptes, applicables aux SARL par renvoi des articles 13 et 83 de la loi 5-96.
- Loi n° 15-89 réglementant la profession d'expert-comptable et instituant un Ordre des Experts-Comptables — Ordre des Experts-Comptables du Maroc.
- Loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants et CGNC.
- Textes sectoriels applicables aux établissements de crédit, entreprises d'assurance et organismes de placement collectif.
Guide informatif. Les seuils et obligations doivent être vérifiés au regard des textes en vigueur à la date de la clôture concernée.
